1ere Journée : RCNM - Albi
RCNM-ALBI
L’ELOGE DU PRAGMATISME
« Lorsque deux forces sont jointes, leur efficacité est double ». Ce principe, prôné par le génie alchimiste Sir Isaac Newton, davantage connu pour ses inventions en matière de mécanique classique que pour un éventuel amour porté au ballon ovale, colle comme un gant au Championnat de Pro D2. Comme 1 + 1 = 2, une mêlée performante alliée à un buteur d’exception garantissent, dans la majorité des rencontres, un succès manifeste. Une philosophie résumée en un dicton : « No scrum, no win » (sans mêlée, pas de victoire). Agrémentez le tout d’une défense infranchissable et d’un jeu au pied cohérent et vous tenez la définition du pragmatisme. Une vision empirique partagée par le très controversé mais non moins astucieux Luis Fernandez : « En compétition, on séduit par l’efficacité, pas par le charme ».
Un maître « es » pragmatisme se présentait au Parc des Sports et de l’Amitié samedi soir : le Sporting Club Albigeois du sorcier Henry Broncan. Demi-finaliste la saison précédente, la formation tarnaise, même privée de ses meilleurs éléments, partis sous des cieux plus lucratifs, n’en reste pas moins une redoutable machine à gagner. Habituée aux joutes de ce championnat rugueux, les « jaunes et noir » débarquent en référence, trônent en épouvantail.
A contrario, au sortir d’un été chaotique (rétrogradation financière provisoire en Fédérale 1, scénario « Hitchcockien » quant à l’implication de FG Management, licenciement de Richard Castel, démission de Patrick Arlettaz …), le « Racing » aborde ce rendez-vous crucial dans la crainte et l’incertitude. Arrivé en provenance de la province irlandaise de l’Ulster, le manager australien, Matt Williams, espéré comme le « Messie » se concentre sur les fondamentaux du rugby : une défense imperméable, une conquête irréprochable, une occupation du terrain adverse perpétuelle … Du pragmatisme pur et dur.
Affirmer que cette partie n’atteignit pas des sommets de rugby représente un doux euphémisme ... 80 minutes dénuées de grandes envolées lyriques hormis lors de l’essai audois du pilier Brian McGovern qui pointait en coin pour donner un avantage définitif à sa formation (32-18 à la 69ème minute). Pour le reste : un duel fratricide entre Thomas Fournil (ex de la maison « orange et noire ») et Christopher Ruiz. Apologie de la perfection, le buteur narbonnais revêtit, une fois de plus, ses habits de lumière, sauvant ainsi le RCNM d’une plongée incertaine au cœur des limbes. Huit pénalités, un drop : 27 points pour l’une des fines gâchettes de la Pro D2. Si Matt Williams s’impose en joaillier, « Christo » émerge en diamant. Un succès étriqué au final (32-25) aux allures de soulagement pour le clan narbonnais.
Ce « Racing » là, moins « Barbarians » que par le passé, se pose en fin (enfin) tacticien. Un jeu moins léché, certes, mais davantage efficace qui ravit, momentanément, la communauté audoise. Loué pour son rugby humaniste, le RCNM se cloitrera-t-il dans le carcan du pragmatisme ? Ou n’est-ce là qu’une issue de secours provisoire devant l’urgence de la situation ? François Gravel, en écrivain éclairé, déclarait « Un remède trop connu perd invariablement de son efficacité ». Un spectre destiné aux pragmatiques …
J.M
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